E. Rx., auteur.

« Naître ou ne pas naître, telle est la gestation. »

L’auteur est un amoureux des mots qui aime se lover dans les pleins et les déliés de l’écriture, et sentir son imagination partir en goguette.

Rien n’est plus beau que de prendre les mots au lasso pour en faire une histoire, une nouvelle ou un roman et ainsi transcender la réalité.

A la question toujours posée : « Pourquoi écrivez-vous ? » la réponse du poète sera toujours la plus brève : « Pour mieux vivre. » Saint-John Perse.

 

Bio…dégradable

Naître ou ne pas naître, telle est la gestation.

J’étais si bien sur mon étoile. Puis un jour, la fausse note, crac. Je me suis penché, trop penché… et suis tombé de mon astre.

La descente a duré neuf mois.

Un après-midi de printemps, juste à l’heure du goûter, une pousse de terrien a vu le jour.

Depuis je n’ai eu de cesse de germer, de croître, d’embellir, et de végéter quelquefois.

Mon enfance, je l’ai passée dans l’écrin de la campagne, loin de la ville de ses tentations, et de ses vices.

De sévices, je n’ai eu que ceux que je m’infligeais. J’abusais de la loi de la gravitation universelle, chute et rechute à profusion : d’un arbre, d’une meule de foin, ou bien encore victime de la chute d’une histoire drôle. Bref, j’aimais choir. Mon mouchoir gardait les traces indélébiles de mes exploits agrestes, au grand désespoir de ma mère du reste.

Dans le sain terreau de la cambrousse, j’étais comme un coq en pâte. Je poussais, poussais avec insolence, au tempo des saisons. Ma petite existence toujours décapotée aux quatre vents.

Puis, vint l’école : les leçons, les devoirs, le cartable trop lourd, les camarades, les rédacs, les profs, et bien sûr les colles. Je découvrais tout un monde, un nouveau monde peuplé de contraintes, de discipline, mais aussi de connaissances.

Mon amour des mots, je le dois principalement à mon professeur de sixième. Un homme trapu, massif, mais au cœur d’amadou.

Le virus de la lecture je l’ai contracté comme l’on tombe en amour.

J’aimais ô combien, le soir dans mon petit lit me faire des transfusions de classique, les Dumas, les Verne, les Fenimore Cooper, les Stevenson, les Daudet, puis les Maupassant, les Flaubert, les Mérimée, les Stendhal, étaient devenus des familiers, des amis.

L’avantage avec les livres, c’est que vous pouvez les dévorer sans jamais prendre un gramme. Seule votre imagination prend de l’embonpoint se déploie.

Depuis la gangrène de la lecture n’a cessé de me bouffer par à-coup.

Seul l’appel de la nation a freiné mon appétit livresque.

L’Allemagne : les marches, les corvées, les gardes, les consignes ubuesques et les défilés de mes deux.

Au bout de cinq mois l’armée me bottait le cul, et me renvoyait à la vie civile. La mauvaise graine ça n’aime ni le kaki, ni les képis, encore moins les oriflammes.

Après cette levée d’écrou par anticipation, j’ai essayé de me faire une place au soleil… mais sans forcer.

C’est à cette époque que de nouveaux auteurs ont poussé la porte de mon cœur en tapinois. Céline avec son voyage au bout de la nuit, véritable uppercut, Queneau un zazou-Zazie, Truman Capote, sortez couvert, sans oublier Prévert, Giono, Aymé, Vian, Kerouac, Simenon, Malaquais et consorts.

A force de les lire, de les relire, je suis passé de l’autre côté du miroir sans vraiment m’en apercevoir.

Depuis j’écris, jet cri, geai Creek…

Pourquoi j’écris, peut-être pour vivre mieux, tout simplement.

Naître ou ne pas naître, telle est la gestation.